Lutte contre l’obsolescence programmée: Vos objets vont-ils durer plus longtemps ?

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SOCIETE – La nouvelle loi Consommation comporte deux mesures pour lutter contre l’obsolescence programmée. Une avancée jugée encore insuffisante…

C’est un premier pas. La loi Consommation, adoptée définitivement le 13 février, comporte deux mesures pour lutter contre << l’obsolescence programmée >> ces techniques qui réduisent à dessein ou non, la durée du vie des produits pour pousser les consommateurs a en racheter un autre plus vite (téléphones portables, machines à laver, téléviseurs, ordinateurs, etc).

La première allonge de six mois à deux ans la garantie légale de conformité, qui couvre le consommateur en cas de défaut des appareils, et «renverse la charge de la preuve». Si un produit tombe en panne dans les deux ans après l’achat, ce sera au fabricant de prouver que ce n’est pas lié à son usage pendant cette période. Jusqu’à présent, au-delà de six mois après l’achat, c’était au consommateur de prouver que ce n’était pas de son fait.

La deuxième mesure prévoit l’obligation d’indiquer la disponibilité des pièces détachées nécessaires pour réparer les produits. Le fabricant ou l’importateur devra aussi «fournir obligatoirement, dans un délai de deux mois, aux vendeurs professionnels ou aux réparateurs, agréés ou non, qui le demandent les pièces détachées indispensables à l’utilisation des biens vendus». Par contre, la loi ne prévoit pas que le consommateur ait la notice de réparation à disposition. «L’idée est d’encourager les filières professionnelles de recyclage et de réparation», justifie-t-on au ministère de l’Economie sociale et solidaire et de la Consommation.

«C’est mieux que rien»

Ces deux mesures ont reçu un accueil mitigé. «Elles mettent l’accent sur un problème jusque-là ignoré, souligne Damien Ravé, créateur des sitescommentreparer.com et produitsduirables.fr, qui aident à réparer les produits et acheter en connaissance de cause. Mais ce sont des mesures a minima», regrette-t-il. «C’est mieux que rien, mais ce n’est pas du tout à la hauteur des attentes des ONG», renchérit Delphine Lévi Alvarès, chargée de mission au Centre national d’information indépendante sur les déchets (Cniid), qui a participé à l’élaboration du texte.

La proposition de loi présentée en mars dernier par le sénateur écologiste Jean-Vincent Placé était effectivement plus ambitieuse. «On avait notamment demandé l’allongement de la garantie et l’obligation de la mise à disposition des pièces détachées pendant dix ans et la création du délit d’obsolescence», détaille Delphine Levi Alvares. L’ONG plaide pour une transparence globale sur les produits pour «devenir acteur de la consommation» et réduire les déchets afin de préserver l’environnement.

François Carlier, délégué général de l’association de consommateurs CLCV, salue «une intention positive», mais doute que l’allongement de la garantie aie un impact sur la durée de vie des produits.  Même déception à l’Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie (Ademe).  «Il faut aller plus loin et permettre aux consommateurs de comparer en affichant la durée de vie ou d’utilisation sur les étiquettes», affirme Erwann Fangeat, expert auprès de l’Ademe. Cet affichage n’est obligatoire aujourd’hui que pour les ampoules.

Concilier impératif de croissance et préservation de l’environnement

Le tiraillement entre l’impératif de croissance – surtout en période de crise – et la lutte contre l’obsolescence programmée – qui implique d’acheter mieux donc moins souvent – explique en partie la timidité de ces mesures. «C’est un sujet compliqué, reconnaît Erwann Fangeat. Il faut arriver à concilier croissance et préservation de l’environnement, mais on y arrive avec l’économie circulaire [une alternative au modèle «produire, consommer, jeter»]. Petit à petit, les choses vont se mettre en place», parie-t-il.

Ford T et General Motors : l’obsolescence des automobiles Chevrolet par la mode

Si Henri Ford n’a pas inventé l’obsolescence programmée, il a créé le système de production qui a permis à cette pratique de se développer largement.

Avec son organisation du travail à la chaine fondée sur le taylorisme, il a permis la production d’automobiles en masse à l’instar de sa Ford T qui a inondé le marché américain.

 

La Ford T dans les usines d’Henri Ford (1926) – Fondation Ford

 

Le constructeur automobile General Motors l’a détrôné avec sa Chevrolet en appliquant pour la première fois les concepts de mode et de marketing moderne aux voitures. Grâce à la publicité naissante et de plus en plus puissante au début du XXème siècle, General Motors a introduit un nouveau modèle économique fondé sur un renouvellement rapide des modèles. En fonction des modes et des années, les modèles de Chevrolet changeaient de couleurs, de look et se voyaient attribuer de nouveaux accessoires modernes.

 

Publicité pour Chevrolet dans les années 50

 

Symbole de modernité, ces voitures ont rencontré un très vif succès dans la nation américaine en plein boom économique. Les autres grandes marques automobiles américaines se sont également développées sur ce modèle, à l’instar de Chrysler ou Cadillac.

Le Cartel Phoebus et les lampes à incandescence

Quand Thomas Edison commercialise ses premières ampoules à incandescence, les fameuses lampes à bulbe, en 1881, elles ont une durée de vie d’environ 1500 heures. Quarante ans plus tard, leur durée de vie moyenne atteint 2300 heures, quand les principaux fabricants d’ampoule, l’américain General Electric, l’allemand Osram, Philips et d’autres, se réunissent à Genève.

Ils créent alors une entreprise commune, Phoëbus pour « échanger des licences, des brevets et réguler la production», raconte Markus Krajewski, professeur à l’Université de Weimar [1]. C’était en décembre 1924. Un an plus tard, l’entreprise donne naissance au « comité des 1000 heures », dont la mission sera de modeler la production d’ampoules. Objectif : que le filament de tungstène ne dépasse pas la durée de vie décidée par le groupement d’entreprises. Pour de nombreux commentateurs, comme par exemple Serge Latouche dans son récent ouvrage « Bon pour la casse », ce comité des 1000 heures issu du « Cartel Phoëbus » constitue la première initiative industrielle connue d’obsolescence programmée.

Affiche originale du film Prêt à jeter de Cosima Dannoritzer

Des amendes si les ampoules durent plus de 1000 heures
Cette thèse est aussi défendue par l’historien allemand Helmut Höge, qui a été interviewé dans le documentaire Prêt à jeter (titre anglais : La conspiration des lampes à bulbe)  de Cosima Dannonrizer, diffusé en 2010 sur la chaîne Arte. Helmut Höge a retrouvé des archives d’époque de la société Phoëbus, dans lesquelles l’objectif de limiter la durée de vie des lampes apparaît clairement. Parmi les textes retrouvés, celui-ci : « La durée moyenne des lampes destinées à l’éclairage ne peut être garantie, rendue publique ou proposée qu’à condition d’être équivalente à 1000 heures ». Le chercheur a aussi exhumé un tableau qui fixe les amendes que devront payer les fabricants si les ampoules produites dépassent le seuil des 1000 heures.

Obsolescence programmée pour vendre plus de lampes, ou pour optimiser la qualité des ampoules ? Aux yeux de la plupart des observateurs, l’objectif des 1000 heures était de vendre plus d’ampoules, alors qu’une durée plus grande, 2300 heures par exemple, était tout à fait possible techniquement. En contre-exemple absolu de la limite des 1000 heures, on donne fréquemment l’exemple de l’ampoule en activité la plus vieille de la planète, la fameuse ampoule de Livermore. Créée en 1901 et installée dans la caserne de pompiers de Livermore, aux Etats-Unis, cette Jeanne Calment de l’éclairage a dépassé les 100 ans d’activité, sans que son filament ne casse.

Mais aujourd’hui, progrès techniques aidant, l’éclairage durable ne tient plus à un fil (de tungstène), mais plutôt aux lampes à diode électroluminescente,  plus connues sous leur acronyme anglais, LED.

 

Sources :
[1] Documentaire Prêt à jeter

Les imprimantes à jet d’encre

Les imprimantes sont souvent décrites comme un exemple flagrant d’obsolescence programmée avec des puces qui comptabilisent les impressions et bloquent le fonctionnement ou des cartouches d’encre encore à moitié pleines qui s’alarment d’être vides.

Une puce qui compte le nombre de copies et bloque les imprimantes

Dans le documentaire « prêt à jeter », on découvre ainsi le message d’erreur d’une imprimante Epson alertant sur un tampon d’encre saturé. En réalité, une puce aurait limité le fonctionnement de l’appareil à 18 000 impressions pour inciter l’utilisateur à le remplacer. [1]

Vitaliy Kiselev – programmeur russe qui a développer un logiciel pour débloquer les imprimantes Epson

Pourtant un énigmatique programmeur informatique russe, Vitaliy Kiselev a créé un logiciel permettant de remettre à zéro le compteur de la puce et remettre les imprimantes Epson en état de marche. Gratuit, ce logiciel est téléchargeable depuis son site internet : www.ssclg.com/epsone.shtml

Des cartouches d’encre jetées encore à moitié pleines

Les cartouches d’encre des imprimantes seraient également concernées avec la mise en place de systèmes qui alertent sur le niveau d’encre pour des cartouches encore pourtant à moitié pleine.

Selon une étude réalisée par PC World, certaines imprimantes à jet d’encre Canon, Kodak et Epson cessent de fonctionner et indiquent à l’utilisateur de remplacer des cartouches contenant encore plus de 45% de la quantité initiale d’encre. [2]

Sources : 
[1] Prêt à Jeter, Cosima Dannoritzer
[2] http://www.greenit.fr/article/materiel/jet-dencre-larnaque-ecologique-du-siecle

iPhone, iPad, iPod et Mac d’Apple

La célèbre marque à la pomme est connue pour son innovation de rupture et la puissance de son marketing. Mais ses produits révolutionnaires se sont également transformés en symbole de l’obsolescence programmée.

S’il n’est pas le seul fabricant concerné, il utilise une large palette d’outils et de démarches pour pousser le consommateur à renouveler l’achat de ses produits.

Ipod irréparable et procès en class action

Dès 2005, Apple était visée par des actions collectives en justice (class action) aux Etats-Unis. Selon les associations de consommateurs, la batterie du célèbre baladeur ne tenait pas ses promesses d’autonomie et la batterie, soudée sur l’appareil, était irremplaçable. Les procès se sont toujours réglés à l’amiable avec le paiement de grosses sommes d’argent versées aux plaignants.

A l’époque, l’artiste et producteur américain Casey Neistat, avait lancé la campagne iPod’s Dirty Secret pour dénoncer l’obsolescence aussi rapide de l’iPod :


Les autres produits d’Apple, qu’il s’agisse des iPad ou des ordinateurs Mac book air, sont également très difficilement réparables. Les batteries sont souvent soudées des vis pentalobe sont utilisées pour fermer les appareils, vis dont le tournevis est très difficile à trouver dans le commerce. Ce qui rend les appareils difficilement démontables et donc réparables par les utilisateurs.

Systèmes fermés et incompatibilité des technologies

Le dernier téléphone Apple, l’iPhone 5 s’est quant à lui illustré par des changements de compatibilité au niveau des accessoires. En changeant les standards, Apple oblige les utilisateurs à racheter tous leurs accessoires car ceux des précédents iPhone ne sont plus compatibles avec le 5.

Cette incompatibilité est également vraie pour les applications et les systèmes d’exploitation iOS. Les nouvelles versions de ces logiciels étant toujours plus gourmandes en ressources et capacité, les anciens modèles d’appareils Apple sont rendus obsolètes simplement avant leur fin de vie technique. Avec pas moins de trois versions d’iPad en 2 ans et six versions de l’iPhone en 5 ans, les modèles se multiplient et surfent sur l’effet de mode en positionnant ces appareils électroniques en objets socio-culturels.

Tim Cook, PDG d’Apple lors de la sortie de l’iPhone 5 en septembre 2012

Phonebloks : un smartphone qui lutte contre l’obsolescence programmée

Phonebloks : un smartphone qui lutte contre l'obsolescence programmée

Phonebloks n’est pas un smartphone comme les autres. Imaginé par le designer néerlandais Dave Hakkens, ce concept s’attaque à l’un des gros défauts de nos téléphones portables : leur obsolescence extrêmement rapide. Comment ? En décomposant l’engin en briques, comme une sorte de Lego électronique, pour qu’il soit facilement réparable et complètement adapté à l’usage…

Dave Hakkens est parti du principe qu’un smartphone est avant tout un ensemble de composants aux fonctions diverses – appareil photo, vibreur, batterie, GPS, Bluetooth, etc. – utilisées différemment selon les utilisateurs. Un business man toujours en déplacement préfèrera une grosse batterie, alors qu’un accro à la photo mobile optera pour un capteur puissant et une carte mémoire musclée. Décomposer le téléphone en composant facilement détachable offre également un intérêt certain pour la réparation. Plus besoin de changer complètement de portable lors qu’une simple partie est défectueuse.

Même si Phonebloks est encore simplement à l’état de concept, il a trouvé echo et un soutien considérable sur la toile. En quelques jours, il a atteint plus de 30 000 soutiens sur la plateforme Thunderclaps alors même que Dave Hakkens n’en prévoyait que 500. Cet engouement qui ne s’essouffle pas, la vidéo de présentation a été à l’heure actuelle vue plus de 16 millions de fois sur YouTube, montre une réelle volonté des consommateurs, partout sur la planète, de faire évoluer leur consommation vers des principes plus vertueux.

Plus d’informations sur : www.phonebloks.com

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